Ce matin, on était en train de cuire à feu doux dans la tente, un peu comme le collier de porc que nous avait cuisiné Rune la veille. On essayait de repousser au maximum le moment du départ, vu qu’encore une fois on s’est tapé une belle insomnie cette nuit. On commence à comprendre qu’on abuse peut-être du café glacé. Impossible de rester plus longtemps, on plie les affaires et on décolle.

Le ciel était entièrement bleu, on roulait contre un vent léger mais continu.
Au détour d’un virage, on a vu la mer à l’horizon. Sur une courte distance, nous avons longé le Grand Belt (Storebælt en danois). Il s’agit d’un détroit séparant les deux plus grandes îles du Danemark, la Fionie (d’où nous venons) et Seeland (où nous nous trouvons). Rouler en bord de mer, c’est toujours plus agréable.

Mais nous avons très vite retrouvé les champs de céréales. En ouvrant bien les yeux, on pouvait voir de grandes oreilles dépasser des blés. Les lièvres détalaient à toute vitesse sur notre passage.

Notre route nous conduit toujours à travers de belles forêts. Aujourd’hui, nous nous sommes fait la réflexion : de tous les pays que nous avons traversés, le Danemark est le plus propre. Comme quoi, c’est possible !

Plus on s’approchait de la ville de Slagelse, plus on pouvait croiser ces fameux camions remplis d’étudiants déchaînés exhibant leur bonheur d’évoluer, de passer d’une étape de la vie à une autre, à tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin.

Le midi, nous nous sommes arrêtés pour faire quelques courses dans un supermarché. À peine sortis du magasin, Manon avait l’air d’avoir les crocs. On a pique-niqué sur le parking.

En quelques minutes seulement, nous avons vu le ciel se boucher et de gros nuages noirs se déplacer dans notre direction comme une armée prête à s’abattre sur nous.

Nous avons refermé nos sacoches à la hâte. À peine le temps de quitter le parking du supermarché que l’orage a éclaté. La pluie était trop forte, plutôt que de rouler, nous avons préféré nous abriter dans un McDonald’s (encore).

Nous n’avions encore rien consommé qu’une serveuse passait dans les allées pour nous offrir du thé. Avec Manon, on aime bien voir les différences entre les McDo de chaque pays. C’est souvent assez révélateur de leur culture.

Vers 15 heures, nous reprenons la route. Le ciel n’avait pas tout à fait fini de couler, alors par endroits, nous avons roulé sous la pluie ou bien sous les arbres lorsqu’ils nous abritaient.
La pluie était chaude, on était bien.
Manon m’a appris récemment que l’odeur de terre mouillée qui se dégage après l’orage s’appelle le “petrichor”. Elle a lu ça quelque part dans un article de France Culture. Ça vient du grec et ça signifie « sang de pierre ». Je trouve que « petrichor » est un bien vilain mot pour une odeur aussi agréable. Quoi qu’il en soit, cette après-midi, entre deux averses, ça sentait ça. Ça sentait bon.

Une fois de plus, nous avons trouvé refuge pour la nuit au sein d’une forêt majestueuse, entre les grenouilles et les limaces. J’ai cru voir une biche au loin, entre les arbres. J’ai essayé de m’en approcher en marchant sur les feuilles mortes, en essayant d’être le plus léger possible. Inévitablement, les branches craquaient sous mes pas. Je n’ai pas revu la biche. Une fois revenu dans la tente, j’ai dû retirer au moins cinq tiques de mes jambes, dont une qui nous a donné du fil à retordre.