Hier soir, nous avons terminé la journée en buvant du vin de cassis autour d’un feu de camp. Puis, nous avons rejoint Anna dans la cuisine pour manger des galettes de pommes de terre. On était vraiment épuisés, mais la conversation s’est poursuivie jusqu’à 23h. Nous avons parlé de choses joyeuses, comme cette différence culturelle au niveau de l’heure des repas, et de choses moins joyeuses, comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Arrivés dans notre chambre, nous nous sommes écroulés de fatigue.

Ce matin, le réveil a sonné à 7h30. Nous avions rendez-vous à 8h pour prendre un bon petit déjeuner, qui, on l’espère, nous permettra de tenir jusqu’à 15h, heure du déjeuner. Sur la table, nous avons des œufs brouillés, du concombre, de la confiture de cassis, du fromage et du pain fait maison. Le tout accompagné d’un bon café. Vers 9h, tout le monde est prêt à travailler. Nous partons faucher de l’herbe pour nourrir les chèvres. Manon se penche pour ramasser un tas et se fait piquer par une guêpe au-dessus de la paupière droite. Elle est au bord des larmes, la douleur est difficilement soutenable. Après quelques minutes, ça commence à gonfler, alors elle part voir Anna qui lui donne un cachet anti-allergie et de la glace. Ça ne fait même pas une heure qu’on travaille que Manon ressemble déjà à Jake Gyllenhaal dans « La Rage au Ventre ».

Comme il a commencé à pleuvoir, Adam nous a confié une mission en intérieur : ranger et nettoyer leur garde-manger. Lorsque nous sommes rentrés dans la pièce, il y avait des légumes qui poussaient de tous les côtés. Surpris, je leur ai demandé pourquoi ils faisaient pousser leurs pommes de terre en intérieur. Adam a rigolé et m’a expliqué que c’est juste l’endroit où ils les stockaient, mais qu’ils se sont un peu laissé déborder et que les légumes ont pris possession de cette petite cave. Notre mission consiste à tout envoyer au compost pour qu’ils puissent repartir sur de bonnes bases.

En un peu plus d’une heure, nous avions tout nettoyé. Adam avait l’air satisfait et nous a proposé de prendre une pause, mais on avait envie d’avancer, alors nous sommes partis sur une autre mission dans la foulée. Cette fois, il s’agissait d’abattre une petite partie de la forêt qui leur appartient afin de dégager un bout de terrain plat qui servira de prairie pour les chèvres. Cette mission était plus délicate. On a coupé et déplacé des branches d’aubépine pendant des heures. Ces saletés nous traversaient la peau à cause de leurs épines. Les troncs devaient être coupés puis entassés dans une remorque pour servir à faire du feu plus tard. J’ai dû apprendre à me servir d’une tronçonneuse ainsi qu’à conduire le tracteur sur lequel était attelée la remorque. Une matinée bien remplie, parfois arrosée par des averses.

Vers 14h30, Anna nous sert un verre d’eau avec du miel pour reprendre des forces, du miel de leurs ruches. Adam, qui semble être satisfait de notre matinée, nous propose d’en rester là pour aujourd’hui. Dès que nous avons du temps libre, Manon et moi filons voir les chèvres. Ce sont des chèvres Anglonubiennes.

L’Anglo-Nubienne est une race britannique de chèvre domestique. Elle a vu le jour au XIXe siècle grâce à des croisements entre des chèvres britanniques locales et une population mixte de grandes chèvres à oreilles tombantes importées d’Inde, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Elle se caractérise par de grandes oreilles pendantes et un profil arqué.

Ces animaux sont juste incroyables ! Lorsque l’on s’approche de leur enclos, elles sortent immédiatement leur tête pour qu’on vienne les câliner. Elles sont curieuses et très sociables. Une fois dans l’enclos, elles restent dans nos jambes comme le ferait un chien en manque d’attention. Certaines d’entre elles se dressent même sur leurs pattes arrière pour venir s’appuyer sur nous. On n’a jamais vu des chèvres aussi peu sauvages. Anna nous a donné comme mission d’aller leur rendre visite souvent pour qu’elles restent habituées à la présence humaine. Comme ça, c’est plus facile pour eux de les approcher lorsqu’il faut les traire ou les soigner. Adam, lui, m’a raconté qu’au début, il a essayé la méthode traditionnelle qui n’était pas toujours très tendre avec les bêtes. Mais il confirme aujourd’hui qu’en leur donnant de l’amour et de l’attention, les animaux sont beaucoup plus accessibles, ce qui arrange tout le monde. Évidemment, s’il faut rendre visite à ces petites bouilles d’amour pour leur faire des câlins, Adam et Anna peuvent compter sur nous !!

Vers 15h, alors que la pluie redouble d’intensité, nous nous retrouvons tous à table pour le déjeuner. Nous mangeons à nouveau des kotlety mielone ; des boulettes de porc. C’est le papa d’Anna qui est derrière les fourneaux. Il connaît la recette par cœur, ou plutot par instinct, alors il a du mal à nous répondre lorsqu’on lui la demande. Mais on va insister, c’est beaucoup trop bon ! On ne partira pas d’ici sans cette recette, croyez-moi !

Adam, qui parle quelques mots de français, connaît très bien le mot « apéritif ». Il sort de son placard ce liquide rose qui fait d’abord mal à la gorge, puis à l’œsophage, puis à la tête. J’ai le ventre vide mais je ne sais pas dire non. Après deux verres, j’ai l’impression de comprendre le polonais. Manon me surveille du coin de son œil en forme de paczki, elle sait qu’à ce stade il vaut mieux que je ne reprenne pas le tracteur cet après-midi ! Heureusement, Adam nous libère pour la journée.

On se blottit sous la couette en écoutant la pluie s’abattre sur cette grande maison vide qui nous est laissée à disposition.